Le Festival des Andalousies Atlantiques d’Essaouira qui vient de souffler sa 14è bougie du 26 au 29 octobre courant, dans une ambiance bon enfant et des plus fraternelles, se veut un autre moment de « retrouvailles sereines et lucides » pour chanter noblement la paix et l’amour, et célébrer « le vivre ensemble » notamment, dans un monde de plus en plus déchiré et en proie aux aléas de l’instant, et aux fractures et crises les plus criardes.

Ce rendez-vous annuel est également un vibrant hommage, dont la cité des Alizés s’offre le plaisir de rendre à l’humanité, en réussissant à faire de l’altérité non pas un synonyme de division et de rejet, mais plutôt un facteur d’union, de communion, et de partage autour des valeurs universelles de paix, de cohabitation, de coexistence pacifique et de respect mutuel de l’être humain, abstraction faite de sa confession religieuse ou encore de son appartenance ethnique ou géographique.

Dans ce sens, le festival des Andalousies Atlantiques, offre l’illustration éclatante de la revivification de cette spiritualité, cette universalité et cette ouverture autour desquelles, la ville de Mogador fut édifiée dès l’origine, mais aussi de cette mémoire collective et cette capacité de résistance au déni et à l’oubli dont Essaouira ne cesse de faire montre.

Grande originalité de ce festival étant sa capacité inépuisable à rassembler côte à côte, pour des moments de joie, musulmans, juifs et autres pour chanter, dans une synergie ahurissante et une fraternité exemplaire, les valeurs universelles de partage, d’acceptation d’autrui, et de tolérance, comme pour démontrer que la culture et la musique demeurent un outil efficace de rapprochement entre les peuples.

Créé en 2003, à l’initiative de l’Association Essaouira Mogador, épine dorsale de l’action culturelle dans la cité des Alizés, ce festival a le mérite, à l’instar d’autres événements comme le Printemps Musical des Alizés, ou encore le Festival de Gnaoua et des Musiques du monde, de confier à la Cité des Alizés, une dynamique remarquable, et un charme tout particulier, mettant sous les feux des projecteurs, toute l’histoire riche, la civilisation millénaire, et la spiritualité manifeste de cette ville du Maroc Atlantique.

D’ailleurs, l’ouvrage collectif « Essaouira Mogador : Passion Partagée », de leurs auteures, Katia Azoulay, Elsa Rosilio, Régine Sibony, souligne que « ce festival s’inscrit dans la dynamique des rencontres nationales et internationales nées autour des deux autres festivals, Gnaoua et Musiques du Monde et le Printemps Musical des Alizés. Il vient enrichir l’identité culturelle et musicale de la ville (….).

Et de poursuivre que le festival « les Andalousies Atlantiques » met en valeur l’histoire de l’héritage andalou parti de son berceau hispano-marocain et porté par les conquistadors jusqu’en Amérique Latine, en traversant l’Atlantique, notant que le choix de la Cité des Alizés n’est pas fortuit. En effet, la ville, par sa position géographique ouverte sur l’Atlantique, a été, dés l’origine, conçue et organisée comme un lieu de rencontre et d’échange.

« Peuplée en 1765, lors de sa création et suite à la volonté du Sultan Sidi Mohamed Ben Abdallah, de familles juives et musulmanes, venues de Tétouan, Rabat, Fès entre autres, la tradition andalouse y était de ce fait fortement implantée. Son école de musique andalouse, célèbre jusqu’au début du 20è siècle, attirait les musiciens du pays qui venaient travailler avec les plus grands maîtres de musique connus de tout le Royaume », lit-on dans une présentation de cet opus.

Cet ancrage de la musique et des rythmes andalous au sein de la ville s’illustre clairement à travers le fait qu’il n y avait pas à l’époque, une naissance, un mariage qui n’étaient pas célébrés à Essaouira sans musique andalouse, interprétée par des orchestres souvent multiconfessionnels. Comme pour affirmer que « cette musique est à la base du rite juif et du rite musulman dans toutes leurs expressions liturgiques ».

Avec une programmation éclectique, riche et diversifiée, d’une édition à l’autre, et grâce à la philosophie et à la manière dont, il a été conçu dès sa naissance, le Festival des Andalousies Atlantiques, a acquis ses lettres de noblesse et s’affirme désormais, comme un rendez-vous annuel pour tous les mélomanes et les aficionados d’Essaouira et de la culture andalouse, avec comme toile de fond, un vibrant hommage renouvelé pour l’amitié maroco-espagnole séculaire.

MAP  31 Octobre 2017